Dans toute situation relationnelle, s’ouvre une boucle systémique


L’effet Pygmalion

Sans le savoir, nous exerçons une influence sur les personnes autour de nous et surtout sur les enfants, et cela, de façon inconsciente. Il est évident que la force de cette influence se manifestera selon la relation que nous avons avec cette personne et aussi en fonction du système relationnel auquel nous appartenons.

La psychologie a démontré que les attentes que nous avons ou encore la perception que nous avons de l’autre influent fortement sur le comportement de celui-ci, c’est-à-dire que nous avons le pouvoir de faire en sorte que l’autre devienne ce que l’on croit ou ce que l’on attend de lui. Ce phénomène est connu sous le nom d’effet Pygmalion, parfois nommé l’effet Rosenthal et Jacobson, qui est une prophétie autoréalisatrice.

L’histoire raconte que Pygmalion sculpta la femme idéale dans la pierre et en tomba follement amoureux. Il demanda par la suite à une déesse de lui accorder une épouse identique, ce que fit la déesse en donnant vie à sa sculpture. C’est sa foi inébranlable dans son désir qui lui valut la concrétisation de ce dernier. Si vous désirez avoir plus d’explications sur les origines et les études qui ont été réalisées sur ce sujet par les deux chercheurs Rosenthal et Jacobson, vous pouvez aller lire la chronique de Carolle Anne Dessureault http://www.les7duquebec.com/7-au-front/leffet-pygmalion/. Pour ma part, je souhaite plutôt expliquer ici combien des projections ou des attentes rigides peuvent être dangereuses en soi et comment nous pouvons utiliser positivement cet effet.

Tel un projecteur ….nous projetons nos croyances d’eux sur eux

et nous modifions la réalité.

Si nos croyances envers l’autre sont positives c’est magnifique….mais quel gâchis si c’est l’inverse!

Notre cerveau confirme nos croyances

Ce qu’il faut comprendre avant tout, c’est que notre cerveau fonctionne surtout en mode automatique, et ces procédés sont inconscients la plupart du temps :

  • nous percevons des informations par nos sens,
  • puis nous donnons du sens à cette expérience,
  • et ensuite, nous tirons une conclusion.

Notre perception est sélective et elle travaille en accord avec les croyances que nous avons.  Notre cerveau va toujours nous confirmer ce que nous croyons. Si nous croyons que nous ne sommes pas en sécurité dans une certaine partie de la ville, notre cerveau va nous faire remarquer toutes les informations qui viennent corroborer cette croyance. Donc, nous allons plutôt remarquer les personnes qui paraissent suspectes. Notre oreille va plutôt sélectionner des sons comme les sirènes des voitures de police ou encore des cris qui viennent nous convaincre que cet endroit est dangereux. Nous construisons notre réalité d’une certaine façon, car il y a des millions d’informations qui sont disponibles autour de nous mais nous allons en sélectionner seulement quelques unes d’entre elles qui viennent confirmer nos croyances de base.

Par contre, si nous croyons que notre conjoint est attentionné et romantique, nous allons être à l’affut de toutes les petites attentions qu’il peut avoir envers nous et nous allons lui démontrer de la gratitude, et cela, en lui disant combien il est attentionné. De par cet encouragement, notre conjoint sera encore plus motivé et de plus, en nous entendant lui dire que nous aimons ce trait de sa personnalité, il intériorisera cette qualité et s’y identifiera. Ainsi, se crée un cercle vertueux. C’est ce qui s’est passé avec l’expérience de Robert Rosenthal et Jacobson. Ils avaient pris des professeurs au hasard en leur spécifiant que les élèves qui leur étaient attribués étaient tous très brillants et pourtant, ce n’était pas le cas. Les résultats à la fin de l’année scolaire ont été concluants, les professeurs ont été félicités pour l’accomplissement exceptionnel des étudiants.

Cette expérience démontre que lorsque l’enseignant s’attend à de petits génies, il va relever inconsciemment tous les signes qui valident son attente, sa croyance. Par la suite, il va y attribuer le sens attendu, « ces enfants sont vraiment éveillés », et il tirera une conclusion qui viendra à nouveau confirmer sa croyance. De plus, son regard sur les élèves sera admiratif, ce qui les motivera à donner le meilleur d’eux-mêmes.

Dans toute situation relationnelle, s’ouvre une boucle systémique

  • Boucle vertueuse dans le cas où l’on fait grandir et s’épanouir les deux personnes ou même l’équipe entière du système;
  • Boucle destructrice dans le cas où l’on regarde ce qui est négatif chez les individus faisant partie du système.

Ce qui veut dire que quelle que soit la nature de vos attentes, par rapport à vous ou aux personnes qui vous entourent, elle vous prédispose et prédispose vos attentes avant que vous les réalisiez. Cela revient à dire que nous préparons notre succès ou notre échec.

Les autres vont modifier leurs comportements et leur personnalité selon les personnes avec qui ils sont. Vous allez peut-être dire que c’est exagéré, mais essayez de chercher dans votre mémoire une personne avec laquelle vous vous sentez différents, vraiment différents, que ce soit en positif ou en négatif, mais une personne qui a une telle influence sur vous que vous ne vous comprenez même plus. Cela peut être un coach, un entraineur, un enseignant, une personne qui avait peut-être un poste d’autorité et qui soit vous élevait par-dessus les nuages, elle vous faisait pousser des ailes, soit au contraire vous diminuait et vous faisait perdre toute grandeur ou toutes vos compétences. Cherchez bien, vous allez trouver. Pour ma part, ce fut un professeur de français au secondaire qui a vu en moi des talents de comédienne et qui a littéralement métamorphosé la chenille en papillon. Moi qui étais gênée, je me suis retrouvée sur scène à faire une performance de théâtre très difficile.

Traite ton enfant comme s’il était déjà ce que tu désires qu’il soit.

Eric de la Parra Paz

Attention aux étiquettes, aux jugements, aux évaluations, aux diagnostics…

C’est pour cette raison que Marshall Rosenberg nous met en garde contre l’utilisation des étiquettes, des diagnostics, des évaluations ou même des jugements envers les autres, mais surtout à l’égard des enfants. Les enfants n’ont en effet aucun sens critique par rapport à ce qu’ils sont, et cela, jusqu’à très tard. C’est leur entourage qui développe leur identité. C’est pour cette raison que la stigmatisation est un phénomène fréquent dans les écoles ou les garderies. On développe une croyance envers un enfant, l’enfant est influencé par cette croyance, et le groupe vient accentuer la croyance envers cet enfant.

J’ai déjà été témoin d’un cas où l’enfant était accusé même s’il avait été absent la journée où le délit avait été commis. Et pourtant, personne ne voyait l’erreur, tout le monde était convaincu qu’il était bel et bien l’auteur du méfait.

Chaque fois que nous expérimentons une situation où nous sommes tentés de juger une personne ou encore où nous nous faisons juger par quelqu’un, il est préférable de nous arrêter et de nous rappeler que nous avons 4 choix possibles dans une telle situation, qui par contre n’auront pas tous les mêmes répercussions.

Nous pouvons :

  1. Prendre le jugement comme vrai et nous blâmer ou nous culpabiliser;
  2. Rejeter la faute sur l’autre et porter un jugement sur lui;
  3. Être empathique à notre égard et chercher à comprendre les sentiments qui sont éveillés en nous à la suite de ce jugement, puis chercher le besoin non comblé, nous donner de l’empathie;
  4. Être empathique envers l’autre et traduire sa critique en sentiments et besoins non comblés.

Si par exemple, je réalise que mon enfant a écrit des formules mathématiques à l’arrière de sa calculatrice pour son examen du lendemain, j’ai le choix de le traiter de tricheur, ce qui risque d’aller à l’encontre de mes besoins, car je souhaite garder un lien avec lui pour l’influencer positivement et qu’il fasse le choix de l’honnêteté et de l’intégrité. Aussi, en le traitant ainsi, je n’établis plus de lien de confiance, mais j’encourage la méfiance, la peur et les mensonges. Si par contre, je fais le choix de lui donner de l’empathie en nommant son sentiment de peur, mais que je suis convaincue intérieurement que c’est un tricheur, le résultat ne sera pas le même que si je le vois comme un enfant qui expérimente. Si je suis convaincue qu’il est tricheur, mais que je lui donne tout de même de l’empathie, je vais démarrer avec lui la spirale infernale du chat et de la souris et par le fait même, le transformer en menteur et tricheur, car il ne verra pas la motivation de dire la vérité, cela ne lui servira à rien, tout est déjà classé.

Il est vrai que certaines personnes vont se soumettre à nos jugements ou encore d’autres vont se rebeller et faire exactement le contraire, et tout cela encore ici inconsciemment. Il est triste de s’apercevoir que certaines personnes ont fait le deuil de leur vraie nature, elles se sont carrément perdues de vue et ont développé des aspects d’une personnalité défensive et agressive, car c’est ce qui se passe lorsque nous jugeons les autres, nous contribuons à la violence.

POUR CE FAIRE


Donc, mieux vaut accepter ce phénomène et en tirer parti, ce qui veut dire :

  1. Avoir une image positive des personnes que je rencontre, et cela, à chaque instant, ce qui fait que nous mettons en route un cercle vertueux de positivité avec quiconque.
  2. Fixer son attention sur les forces et les qualités (si vous désirez avoir une liste de qualités très complète pour vous aider dans cet accomplissement c’est ici) des membres de notre équipe, la voir comme une équipe gagnante.
  3. À chaque instant et en n’importe quelle circonstance, traiter les gens et nos enfants comme des êtres humains complets, qui ont autant à nous apporter que nous envers eux.
  4. À chaque instant, faire sentir les autres comme des gagnants, comme des personnes importantes.
  5. Assouplir une étiquette positive trop rigide véhiculée par le milieu, si l’on constate qu’elle devient lourde pour l’individu, et ceci, en lui donnant un aspect d’impermanence comme : « Je vois que tu prends un grand plaisir à jouer au piano comme un virtuose présentement. » Pour ma part, pour ce qui est des enfants, les étiquettes positives ou négatives peuvent être aussi dévastatrices en ce sens que l’enfant ressent cette tension, ce regard, cette attente sur lui, il doit réaliser le rêve de papa ou de maman ou encore des deux. « Il a l’oreille absolue, comme grand-père, il doit être musicien. » Ou encore : « Il a la corpulence et il est si doué, il peut faire l’équipe… » Il est évident par contre qu’il est préférable d’avoir une vision positive que négative. C’est pour cette raison qu’il est important d’admirer nos enfants et les gens autour de nous.
  6. Traiter les gens comme s’ils étaient déjà ce qu’ils peuvent devenir, ainsi cela renforce leurs capacités.
  7. Faire tout cela aussi pour soi-même.

 

Monique Desjardins