Suis-je un parent réactif?


Les réactions du parent :

  1. l’enfant vient voir son parent, il pleure parce qu’il a perdu sa sucette ou son doudou. Le parent exaspéré lève les yeux au ciel, impatient, il se lève et dit « tu l’as égaré encore une fois, tu vas devoir te séparer de cette sucette, tu es beaucoup trop âgé pour avoir cette sucette, on va éliminer le problème une fois pour toutes ».

  1. un enfant de 7 ans arrive à la maison joyeux et en chantant. Il joue avec sa petite sœur de 3 ans et se met à danser avec elle. Tous les deux rient aux éclats et ils ont du plaisir. Le père arrive en criant  « Ca suffit tout ce boucan, allez-vous en dehors, je ne vous supporte pas ».
  2. un enfant de 2 ans joue calmement et lorsque sa maman arrive elle se met à gémir. Le père frustré de ce changement de comportement à la vue de sa mère s’agite sur son fauteuil et froisse son journal. La petite se tend et cours rejoindre sa mère en pleurant. Le père dit à sa conjointe « Quand tu n’es pas là tout va bien et aussitôt que tu arrives elle se transforme en hystérique. »
  3. un ado qui se balance sur sa chaise tombe par en arrière. Sa mère lui dit sèchement «  je te l’avais bien dit que ça arriverait, file dans ta chambre. »
  4. une petite de 5 ans qui dit à ses parents « je suis fatiguée, je veux rentrer à la maison » la mère répond « tu n’es pas fatiguée, tu dois avoir faim, mange cette pomme ça ira mieux ».
  5. un garçon qui vient d’apprendre le vélo avec son père bifurque dans la rue. Son père lui dit « c’est évident que tu ne sais pas ce que tu fais, rentre à la maison, tu n’as aucune habileté. »
  6. une adolescente de 15 ans qui demande de sortir avec ces amies le samedi soir et de rentrer un peu plus tard, son père lui dit «  C’est dangereux de sortir tard pour une fille ».

Qu’ont en commun ces exemples de parentalité?

  1. Elles sont réactives et non proactives

Dans chaque cas, le parent ne se rend pas compte des conséquences de ses actes et il n’observe pas le comportement de son enfant à partir d’un système qui est celui du couple parental et de  la famille. Il ne porte pas d’attention aux  ressentis de l’enfant. Le parent agit à partir de sa propre perception de ce que fait l’enfant, mais sans comprendre ce que ressent l’enfant ou pourquoi il fait ce qu’il fait. Le parent n’est pas dans l’intention consciente, même si son intention est bonne au départ, il réagit au comportement de son enfant.

De par les émotions qu’il vit, il se déconnecte de son enfant, il n’est plus en lien avec lui, il réagit à ce qu’il voit et entend. Il n’est plus en lien non plus avec la réalité et celui de son enfant. Son message implicite est «  Tu n’es pas OK, tu n’es pas adéquat, tu es incompétent à me satisfaire », l’enfant interprète le message qu’il doit cacher cette partie de lui s’il veut être aimé par son parent. L’enfant comprend implicitement ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

2. Elles brisent le lien et nous coupent d’une partie de la réalité

  1. L’enfant découvre le monde à partir de ses parents et quand le lien est coupé il se sent seul, il est coupé du monde. Sa perception du monde se construit à partir des réactions de son parent. Il va construire une compréhension de la réalité à partir des expériences qu’il vit avec les personnes significatives autour de lui. J’hérite de la perception de mes parents jusqu’à ce que je puisse remettre en question mes modèles en étant en contact avec d’autres modèles du monde sinon je demeure prisonnier de ces façons de faire qui me restreigne.
  2. Dans le cas du premier enfant avec la perte de la sucette et de la doudou, l’enfant découvre un monde où il ne doit pas déranger par ses demandes. Le message implicite : Tu ne dois pas déranger. L’enfant va développer une compréhension de la réalité où l’on doit se débrouiller seul, où le soutien n’existe pas et où l’exploration est dangereuse.
  3. L’enfant découvre que la joie, le rire, l’excitation n’est pas toléré, il va se couper de cette partie de lui-même et va se couper de sa vitalité, sa joie de vivre et devenir sérieux.
  4. Pour cet enfant, les émotions dérangent, il va soit devenir hypersensible ou complètement désengagé émotionnellement. Les enfants sont soit le miroir direct de son parent ou le miroir opposé. Tout comme lui ou complètement l’inverse, il mime son mal-être.
  5. Par cette réaction l’adolescent comprend que le monde ne se préoccupe pas des maux, des blessures des autres. Il va se construire une compréhension de la réalité où l’on ne se préoccupe pas des maux physiques.
  6. Cette petite fille comprend que l’on doit se couper de ses besoins corporels, elle ne respectera pas ses besoins physiques.
  7. Ce garçon comprend qu’il ne doit pas faire d’erreurs. « Tu dois être parfait » Il va se couper de la réalité où l’erreur est acceptée.
  8. Cette jeune adolescente comprend que le contact intime avec d’autres peut être dangereux. Elle aura des difficultés à faire confiance en la vie et elle sera méfiante envers les autres.

Si nous sommes  incapable de répondre à un besoin particulier de notre partenaire, nous ne pourrons probablement pas répondre à celui de notre enfant. Ce qu’on ne peut donner à son partenaire, on ne pourra pas  le donner à son enfant. Il est important de comprendre que la raison pour laquelle on ne peut pas répondre à ce besoin a plus à voir avec nous, avec notre histoire d’enfance, qu’avec la demande de notre partenaire ou de notre enfant.

3. Elles nous sont données en héritage

Tous les parents, de toutes les époques se sont comportés comme parents à partir de leur moi blessé le plus profond, perpétuant la souffrance de leur passé et la répétant dans l’avenir. C’est la part incomplète, jamais  reconnue, apeurée et honteuse du parent qui se manifeste et transmet l’héritage à son enfant.

Fréquemment nous nous comportons paradoxalement, nous reprochons à nos enfants, ce que nous nous sommes fait reprocher. Nous sommes réactifs et n’acceptons pas cet aspect que nous aurions tant souhaité que notre parent accepte de nous. Inconsciemment, nos schémas internes nous poussent à agir à l’inverse du bien de notre enfant. Pour en savoir plus c’est ici Quel est votre degré de maturité émotionnelle?

4. Elles sont inconscientes

Notre vision de la réalité est biaisée, car nous occultons des informations et nous interprétons mal les comportements et les besoins de nos enfants. Nous avons du mal à comprendre les vrais problèmes parce que nous traitons mal l’information.

Lorsque nous sommes fatigués ou stressés nous sommes davantage dans notre cerveau reptilien car cela demande de l’énergie pour être en mode conscient. Pour en savoir davantage sur les trois cerveaux c’est ici. Et si vous désirez en savoir davantage sur les boucles relationnelles inconscientes c’est ici

5. Elles sont automatiques

Comme elles nous ont été transmises dans notre jeunesse et que ces croyances nous ont coupés de la réalité du monde et de nous-mêmes, nous ne voyons pas ce qui est la pièce manquante du puzzle. Nous voyons la réalité à travers des lunettes qui occultent une partie du monde « je ne sais pas que je ne sais pas » et cela depuis très longtemps.

Toutes ces informations sont refoulées dans notre inconscient et elles sont des automatismes, ce qui veut dire des comportements répétés sans grande conscience. Pour en savoir plus sur les automatismes, c’est ici.

6.  Elles sont intenses

Lorsqu’un parent est incapable d’empathie envers son enfant, lorsqu’il réagit à quelque chose que son enfant fait ou  dit, c’est  qu’il a touché une ancienne blessure. Il va surréagir (la pieuvre pour voir les vidéos à cet effet c’est ici) ou sous réagir (la tortue pour mieux comprendre la dynamique des couples et de la famille c’est ici)  et se mettre sur la défensive et blâmer son enfant. Les boutons sur lesquels les enfants appuient, ou les mots qu’ils prononcent qui font que les parents se retirent dans leur propre espace de sécurité, en révèlent plus sur le parent que sur l’enfant.

Les réactions émotionnelles intenses qui apparaissent d’une manière répétitive ou paraissent excessives au parent, à l’enfant, ou à un autre adulte sont des indications d’un point de croissance potentiel pour le parent. Il a simplement identifié une question ou un schéma qui touche à quelque chose d’important et de douloureux dans sa propre vie. C’est un cadeau pour lui, son couple et sa famille. Les parents ont besoin de savoir quels sont leurs points de croissance pour avancer et évoluer avec les siens.

7. Elles manquent de différenciation, d’individualisation

Un parent qui ne peut se voir lui-même comme une personne différente de son enfant développe une relation symbiotique avec l’enfant. Toutes les relations fusionnelles sont dues à un manque de différenciation.

Le parent n’est pas capable d’accepter son enfant tel qu’il est présentement, il est incapable de répondre au besoin de l’enfant dans le moment présent, car il réagit trop fortement et perd la connection avec la réalité, il retourne dans le passé en quelque sorte. Donc il est incapable de reconnaître les besoins fondamentaux de son enfant selon les étapes de son développement. Les siens  n’ont pas été reconnus à ces mêmes moments, aussi projette-t-il ses propres exigences et ses désirs sur l’enfant.

C’est comme si le parent tentait  de prendre soin de ses propres besoins au lieu de répondre aux besoins de l’enfant. Nous voyons beaucoup cet exemple du parent qui couvre son enfant comme lui-même, il ne tient pas compte de la température corporelle de l’enfant, ce qui crée des adolescents qui vont nier leurs propres besoins corporels. Nous le voyons aussi beaucoup dans le contrôle alimentaire des enfants, nous voulons que les enfants s’efforcent de manger ce qui est dans leur assiette et  en même temps nous n’offrons pas toujours ce qui est bon pour eux et après nous voulons qu’ils mangent les bons aliments même s’ils n’ont plus faim.

Elle viennent du cerveau reptilien, le plus primitif

Notre cerveau primitif ou reptilien c’est aussi notre inconscient, cette partie qui détient la recette de nos attirances (nos comportements d’approches) ou ce que nous n’aimons pas (nos comportements de fuite, d’attaque ou de gel). Nos attirances, nos préférences, tout  ce que nous aimons est enregistrés  dans notre cerveau (primitif) ce que j’appelle le monde de qualité.

Notre cerveau fait des associations (expériences-objet/émotions) en les divisant dans deux groupes les « J’aime »  et les «  J’aime pas ». Chaque association « J’aime ou je n’aime pas (représentation mentale)  est  ensuite subdivisé par catégorie  d’un cocktail type d’émotions alors il va y avoir tout ce que nous aimons :

  • amour, joie, fierté, enthousiasme, gaieté, légèreté, gratitude, engagement, sérénité, bonheur euphorique, drôle, etc

Et tout ce que nous n’aimons pas :

  • colère, tristesse, énervement. Impuissance, honte, apathie, haine, révolte, dégoût, amertume, désespoir, etc

Et c’est ainsi que nous pouvons avoir un comportement d’approche ou d’évitement et d’attaque  selon les associations qui sont présentes dans notre cerveau inconscient et qu’il nous pousse à reproduire ce que nous avons vécu dans notre enfance.

Lorsque nous sommes déclenchés nous perdons la capacité de distinguer notre enfant avec ses ressentis, ses pensées et ses besoins. Nous sommes submergés par notre ressenti, nos pensées, nos besoins, nous sommes dans le MOI. Ce n’en qu’en guérissant nos blessures que nous pourrons faire intervenir le lobe frontal, cette partie du cerveau empathique qui fait la distinction entre moi et l’autre et entre le moment présent et le passé.

Pour ce faire

  1. Lorsque nous acceptons cette idée que nous projetons nos parties blessées sur nos proches déjà nous avançons vers le mieux-être.
  2. Si nous commençons à  nous questionner sur nos réactions autant avec nos enfants qu’avec notre partenaire, nous commençons à ne plus être dans le déni des parties blessées de nous-mêmes. Déjà il nous sera plus facile de cesser de nous protéger inutilement et à fuir, nous cacher ou s’agripper et attaquer.
  3. Nous pouvons faire des demandes claires lorsque nous sommes en état de réaction. Pour cela nous devons prendre le temps de nous déposer c’est-à-dire de nous asseoir et de respirer, de prendre contact avec notre ressenti et de nous demander ce qui nous a déclenché et d’essayer d’identifier cette partie de nous blessée. Voir cette chronique Plus je veux cesser de crier et plus je crie
  4. Ainsi nous pouvons découvrir qui nous sommes réellement, nous accepter et nous réunifier, car nous ne serons plus sur la défensive et nous pourrons accéder petit pas à petit pas à notre vulnérabilité et notre vrai moi.
  5. Nous pourrons nous réapproprier ces parties de nous rejetées. Cela signifie que nous pouvons être davantage authentiques dans notre relation avec notre enfant et dans notre couple et les autres. Cette démarche peut se faire même si les enfants ont quitté la maison.
  6. Nous n’aurons plus à être parents à partir d’un moi restreint qui juge, blâme et critique mais nous pourrons répondre à l’enfant à partir d’un moi ouvert, réceptif et aimant, plus libre pour l’accueillir et l’aimer. Nous vivrons beaucoup moins de colère envers nous-mêmes et les autres.
  7. Our vous donner une idée de ce que vous pouvez faire en vous référant à mes vidéos et mes articles c’est ici 

Il est possible d’identifier notre moi inconscient et, ce faisant, de reconnaître notre propre souffrance. Quand on voit sa propre souffrance, on peut commencer à aimer ses parties blessées pour guérir et reprendre son pouvoir. Nous pouvons débuter cette démarche avec la communication intentionnelle du coeur et la gestion de nos émotions. Si vous désirez avoir plus d’explications sur mon programme d’intelligence émotionnelle .

Soyons bienveillant avec nous-mêmes pour être capable de l’être avec les autres

 

Monique

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